La posture du maître


Voilà qu'il me vient des envies d'écrire sur des sujets qui ne sont pas forcement et directement ésotériques. Mais qui d'une certaine manière en font partie. Ces sujets, tel que celui traité dans cet article, sont important pour comprendre d'un certain point de vu ce qui environne le monde du spirituel et du mystère en général. Aujourd’hui, démystifions avec gentillesse et mesure la figure du maître. Cette figure qui obnubile, qui hypnotise et qui parfois même asservit ! Cette figure du maître qui pose question, qui impose par sa présupposé valeur. Cette figure qui, en tous les cas, nécessite selon moi quelques clarifications. Nous allons parler de ce qu'est un maître, de ce que j’appelle la « posture du maître », et de ce qu'est la maîtrise !

Un maître en plein cours de Magie ?

Remontons dans l'histoire du mot :

Nous voilà face à une source latine étymologique amusante : « magister » (qui donnera « maistre » en vieux français). Ce mot provient de la source « magis » qui signifie « plus » (cette même source qui elle est apparenté à « magnus » qui veut dire « grand »). Nous avons déjà l'idée de « plus grand ». Laissons nous guider par le sens qui me vient à l'esprit au moment ou j'écris ce texte. Nous parlons là d'un plus grand que soi, d'un plus grand en expérience, d'un plus grand en Connaissance (puisque nous sommes dans un cadre spirituel). Si nous continuons notre explorations étymologique. Nous découvrons aussi le mot grec « méga » (μέγας), mot lié à « makrós » (μακρός) et qui fait parti des sources étymologique du latin « magnus ». Le radical « mag », qui donne donc aussi « magis » (mais aussi « magnus », « magister », « magnum », etc), peut trouver aussi un lien avec « mage » du latin « magus » et qui veut dire « magicien, sorcier ». Ce mot est un emprunt du grec « màgos » (et qui veut dire « homme qui a des pouvoirs »). On sait aussi que le Mage est le prêtre Zoroastrien. Il est aussi, dans l'inconscient collectif, celui qui pratique la Magie, etc.

Dans ce simple mot : « maître », se cache en réalité un sens très profond et extrêmement riche en information. Il est clair que l'on en décèle la notion de grandeur, de hauteur, de plus haut que soi, etc. Mais aussi la notion de pouvoir, de puissance. Dans notre cadre, on parlera de pouvoir et de puissance mystique, spirituel, ésotérique, etc. Mais une chose est absente. Une chose qui pourtant fait sens et se joint traditionnellement à l'image que l'on se fait d'un maître. Je parle d'enseignement (voire de transmission). En effet, il en va quasiment de soi qu'un maître enseigne un savoir, une doctrine, ou que sais-je encore. Et bien non ! Pas nécessairement (afin de bien comprendre ce que j'entends par « transmission », lire l'article « L'art de la transmission ») !

Maîtrise et contrôle :

Commençons d'abord par parler de « maîtrise ». Faisons donc bien la différence entre « maîtrise » et « contrôle ». Celui qui s'engage sur un chemin, sur une voie, va indubitablement apprendre, grandir, découvrir et bien sur Connaître. Nous parlons là toujours dans le cadre de la spiritualité (donc du chemin intérieur). Plus le cheminant avance, plus il devient grand grâce à la Voie, et non juste par sa propre volonté. Cela induit déjà une différence capitale. Accepter la Voie, la laisser agir en nous sans que notre volonté s'agite et tente de s'accaparer ses bienfait, voilà ce qui est le plus difficile ! Cependant, c'est le seul et unique moyen de cheminer sagement vers ce que j'appelle la maîtrise. Tout ce qui relève de la volonté égotique est en fait des tentatives de contrôler, de décider par la voix du « moi je » et non en suivant les murmurent de la Nature (qui elle sait bien mieux que nous ou nous devons aller). N'oublions jamais que le moi, sans le dénigrer pour autant, doit être au service du divin, et non de sa petite personne (c'est en tout cas la direction vers laquelle il faut tendre si vous voulez atteindre les sommets de cette fameuse montagne sacrée).

Imaginons les choses simplement. Pour ce faire, je vais me baser sur ce que je connais (et sur ce qui a fait ses preuves dans ma vie) : « les arts martiaux ». Le combat se passe dans un espace temps bien particulier, un instant présent ou il va falloir agir vite, et de manière adapté afin de ne pas mourir. Il faut donc entrer en harmonie totale avec l'instant, il faut ouvrir l'attention à son maximum jusqu'au moment même ou l'on devient littéralement ce moment qui passe, cette seconde de vérité ou tout va se passer. A ce moment précis ou le combattant entre en résonance quasi parfaite avec le présent, deux choix s'offre à lui :

  • Soit il tente de plier le moment à sa volonté

  • Soit il se laisse guider par la Magie de l'instant

Dans le premier cas, en voulant plier l'instant à sa volonté, il doit, avant même d'agir sur son assaillant, agir sur l'instant. Il doit donc réfléchir vite à comment il lui est possible de tourner les choses en sa faveur afin de remporter le combat. Si l'opposant ne ce soucis pas de ça, son attaque trouvera l'espace suffisant pour pénétrer dans ce laps de temps de réflexion qui coûtera la vie au combattant ayant voulu contrôler le présent. On ne contrôle pas la Nature, nous n'avons pas ce pouvoir. Dans l'autre cas, le combattant ne sait pas, il ne sait rien, il ne peut pas connaître la réaction de son adversaire, il ne peut pas prévoir ses attaques, ses décisions stratégique etc. Le combattant est donc plongé dans le vide total, dans l'impuissance égotique. Mais si il maîtrise son art, il fera confiance à son corps, à sa technique, à son instinct et son intuition, et par ce biais, la Nature agira en lui et lui dictera spontanément quoi faire et comment faire (c'est ce qu'on pourrait appeler le « geste juste », « l'action de vérité »).

"Forgotten Wisdom" par Michał Klimczak

Sur la Voie, maîtriser, c'est accepter son impuissance et vivre avec. C'est épouser pleinement son humanité, sa condition humaine. C'est dire oui à tout ce qui est imparfait en nous et laisser la Nature corriger cela. C'est devenir puissant malgré soi, c'est découvrir ses pouvoirs tout en sachant qu'il ne sont pas notre (etc). Contrôler, c'est ne pas accepter cela et tenter de constamment devenir plus puissant. C'est user de pouvoirs pour plier la Nature à notre bon vouloir, à notre « moi je ». C'est défier l'ordre naturel en faisant grandir l'influence de l'ego. C'est dominer l'autre et soi-même dans un but de posséder plus, de devenir plus fort, plus grand, plus sage, plus puissant, plus je ne sais quoi d'autre encore.

Le maître et la transmission :

Nous avons donc compris que dans ce texte, je parle du maître au sens noble du terme. Je parle donc de celui qui possède la maîtrise grâce à la Voie. Je parle de celui qui, ayant reçu l'illumination des hauteurs, Connaît et se voit confier des pouvoir qu'il utilisera avec sagesse, respect, amour et toujours en accord avec la volonté de l'éternel (et jamais pour lui-même).

Ce maître n'est pas là nécessairement pour transmettre. Cette question est complexe et comme d'habitude paradoxale. Un maître, irrémédiablement, sera conduit tôt ou tard à laisser son savoir et ses Connaissances avant de quitter son existence terrestre. Il laissera donc une trace qui sera disponible à qui veut bien la suivre. Mais il ne faut pas croire que cela est fait dans le but de transmettre délibérément. Ce n'est pas forcement un choix voulu (et finalement, je pense que ça ne l'est jamais). Je pense au contraire que la transmission fait partie d'un processus inhérent à la Nature, et que le maître suit malgré lui ce processus par le simple fait qu'il est assujetti au loi de l’univers. On ne fait pas le choix de transmettre, on est appelé à la faire (et cela est décidé par la Nature). Je pense qu’arrive à un certain stade, le maître devient tellement transparent que la Connaissance rayonne et attire les cherchants. Mais cela n'est encore une fois pas une décision délibéré et consciente. C'est le résultat d'un processus naturel d'évolution de conscience.

Enfin, si il n'y a pas d'élève, il n'y a pas de maître. Ce rôle de maître survient quand un cherchant vient apprendre auprès de lui. Alors démarre cette subtile relation entre maître et disciple. C'est bel et bien cette interaction qui créé les qualificatifs de maître et de disciple (en dehors de celle-ci, il n'y a pas de maître ni d'élève). Ainsi le maître transmet naturellement et malgré lui, et son rôle sera qualifié (on pourrait aussi dire « actif ») si quelqu'un vient chercher sa transmission. Sinon, il continuera de transmettre malgré tout. Parfois, la transmission d'un maître est découverte longtemps après sa mort, souvent de son vivant, mais cela ne compte pas car si ce dernier est un véritable maître, il aura pris soin de mettre sa conscience dans sa trace (et cela permettra de rentrer en lien symbolique avec, même si il n'est plus). Il faut donc bien comprendre que le maître ne l'est que parce qu’un jour des jeunes cherchants viennent vers sa transmission. Sans cela, le mot maître ne fait pas réellement sens.

Une maître de la Magie ?

Le maître, un sur-homme ?

Enfin, parlons de ce qui peut-être est un point de tension chez certains. Parlons alors de l'humanité des maîtres, de cette chose qui fait d'eux des gens normaux, voir même parfois banals et ennuyeux !

Comme je l'ai déjà dit, le maître est un être qui embrasse follement sa condition humaine. Il n'est pas un sur-homme au super pouvoir dévastateur. Il n'est pas sage au sens commun du terme ! C'est avant tout un humain, un être de chair et sang, mortelle comme tout le monde ! Il a besoin de dormir, de manger, etc. Il est tout à fait normal ! Il possède un ego, comme tout le monde, il est imparfait, comme tout le monde. Il peut râler, être en colère, être triste, être sage, être joyeux, être idiot, être pédant, etc ! Je le dis et je le redis encore ! Le maître, même si réalisé spirituellement, est avant tout un être humain normal !

Certes, sa maîtrise lui permet de vivre son humanité différemment, avec recul et sagesse. Mais il ne perd pas son ego pour autant. Il ne vie pas en lui, pour lui et par lui, il l'utilise pour faire son chemin ici-bas conforment au souhait de l’éternel. C'est cette subtile nuance qui change complètement la donne ! Il n'a pas besoin de notoriété, de reconnaissance, de gratification narcissique au-delà de la normale, etc. Son ego est à bonne mesure pour vivre sa vie sereinement, en harmonie avec la Nature (il n'est pas simple de définir cela rationnellement, j'espère au moins apporter quelques pistes intéressantes pour « repérer » un maître authentique).

Les faux maîtres (ou faux prophètes)

Les faux maîtres :

A l'inverse de ce que je viens de tenter de décrire se situe les faux maîtres. Ceux qui ne sont pas forcement mauvais (au sens moral), mais qui nous font faire fausse route trop souvent (mais qui parfois nous aide malgré eux à grandir de part le fait de s'être trompé et d’apprendre de ce genre erreur, « d'errance »).

Le faux maître tient une posture de maître mais ne l'est pas. Il joue le rôle, consciemment ou non, mais n'est pas habité par la vocation. Il tente de se faire une place haute mais ne l'est pas en lui. La posture du maître est une stratégie égotique permettant souvent de combler des manques de confiances en soi, d'estime de soi, de valeur personnel, de reconnaissance sociale (ou autres), etc. Mais il est clair que cela ne répond pas d'un besoin naturelle inhérent à l'évolution saine de la conscience. Ce besoin égotique les poussent à se montrer plus que la moyenne, à être vu et adulé anormalement. Il y a une volonté d’asseoir un statut social valorisant, gratifiant, etc. Mais la encore, n'oublions pas que tout est paradoxale. Un maître véritable peut être connu et adulé sans pour autant être touché par cela au niveau de l'ego (et ainsi conserver en lui un état pur et immuable).

Je dirais que tout est dans l'intention. Les intentions égotiques nous font sentir quelque de chose de « pas clair », de trouble, de vague et de faux semblant. Alors que les intentions de l'éternel nous font sentir que les choses sont à leur juste place, et que celui qui parle avec ces intentions « Naturelles » n'est peut-être pas celui que l'on cherche, mais il est sensé et équilibré (un maître ne peut pas correspondre à tout le monde, et ne cherchera pas à le faire). Un faux maître peut instruit, savoir beaucoup, être séduisant et « bon vendeur », ce n’est pas pour autant qu'il est rempli de Connaissance. Comme on le dit vulgairement : « l'habit ne fait pas le moine » ! Il ne faut pas se faire avoir par les apparences !

Là encore, il est difficile d'être pertinent, il est complexe de définir clairement ce que qu'est un faux maître. Et même si j'arrivais à le faire, rien n'empêcherait certains de se faire séduire par leurs paroles enchanteresses (je suis moi-même tombé dans le panneau, et j'ai beaucoup appris grâce à cela).

"Mountains" par Maciej Kuciara (la sagesse des hauteurs...)

L'idée derrière cet article est de vous aider à vous équiper pour faire face à ces deux types de maître. Vous aider à reconnaître ce qui est bon pour vous, et ce qui pourrait vous détruire (tout en sachant qu'on apprend aussi énormément en se trompant de chemin...). J'espère en tous les cas que vous croiserez la route de gens lumineux qui vous aiderons sincèrement, avec de la véritable Connaissance, à avancer dans votre quête !

G.Attewell

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