Crowley, ou la fabrique d’un fantasme (partie I)


Dans le monde de l’occultisme, il est un nom qui revient fréquemment, Aleister Crowley ou la Grande Bête 666 comme il aimait se faire appeler. La réputation sulfureuse de cet homme a traversée les époques jusqu’à nos jours où bien des légendes sur son compte ont perdurées au-delà de la sphère ésotérique.

Nous ne ferons pas ici dans la biographie que vous trouverez partout sur internet et sur Wikipédia mais nous tenterons de lever le voile sur l’homme afin d’en discerner un petit peu le personnage, à la fois complexe, provocateur et extrêmement intelligent.

Un petit question-réponse est, nous semble-t-il, un bon moyen d’en faire le tour.

Aleister Crowley

Crowley était-il sataniste ?

C’est une question qui revient souvent. Alors pour répondre : « Non ! ». Voilà, c’est fini…

Blague à part, Crowley était un ésotériste, il a parcouru bien des spiritualités à la fois orientales et occidentales. La Théléma, sa doctrine (pour ne pas dire sa religion) est basée sur une connaissance accrue des principes hermétiques, kabbalistes, yogiques et gnostiques. Les figures des divinités sont empruntées aux traditions de l’Egypte ancienne. Rien de sataniste là-dedans, tout au plus illuministe ou luciférien (dans le sens « par qui vient la lumière ») car la Théléma est de principe solaire.

Il est pourtant vrai que son petit nom était la Grande Bête 666. Cela venait de sa mère qui l’appelait comme ça lorsqu’il était enfant. Sa famille étant darbyste, une sorte de secte hyper-chrétienne, l’éducation de Crowley suivait cette doctrine et sa mère lui donnait ce « surnom » lorsqu’il ne suivait pas le chemin de Jésus. Il garda donc ce sobriquet plus par provocation que par soumission à Satan.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que Crowley est décédé en 1947 et le mouvement sataniste est né en 1966 avec la création de l’église de Satan d’Anton LaVey. Avant cette date, le satanisme n’existait tout simplement pas… On condamnait la sorcellerie et la pratique de la magie car elles contrevenaient au principe de la Bible mais en aucun cas le satanisme comme nous le connaissons aujourd’hui n’avait encore vu le jour.

Pour aller plus loin, Crowley a toujours essayé, par syncrétisme, de réconcilier la religion et la science, le but déclaré dans la revue Thélémite « The Equinox » était : « La méthode de la science, le but de la religion ».

Mais, pour les trois grandes religions monothéistes, la magie reste un tabou. De plus, pour des pays fortement chrétiens comme les USA, tout ce qui ne va pas dans le sens du Christ est Antéchrist !

Dans le principe de la Théléma, Jésus Christ, Mahomet, Bouddha et Moïse sont considérés comme de simples prophètes de l’ancien éon et Crowley le confirme dans « Magick in Theory and Practice » où il explique que chacun d’entre eux, avant de prêcher la bonne parole, ont disparu quelques temps durant lesquels, aucune information sur leur devenir n’a fuité et son revenu comme ce que les chamanistes appellent des « hommes-médecines ».

Un des symboles de la Théléma, l'étoile hexagonale

Cette idée de satanisme est aussi entretenue par le fait que nombre de personnes connues dans le show-biz font référence à Crowley, des Beatles à Jay-Z. On ne rentrera pas dans ce débat entre fantasme et réalité sur la légende urbaine des « illuminatis », néanmoins, il est de bon ton d’expliquer quelques points car la « beat-generation » a été énormément influencée par les travaux de Crowley.

Timothy Leary était très intéressé par ses travaux et a exploré les perceptions sous drogues pendant les années 60. Il avait des liens avec pas mal de stars de l’époque dont les Beatles et les Rolling Stones.

De même, Crowley eu des contacts dans les années 30 avec un certain Aldous Huxley qui est connu pour son chef d’œuvre « Le meilleur des mondes » mais aussi pour son livre « Les portes de la perception » qui traite des effets de la mescaline sur la conscience.

Robert Anton Wilson, un écrivain peu connu en France mais influent outre-Atlantique, travailla beaucoup sur la manipulation mentale, les travaux de Timothy Leary et les conspirations. Wilson était un grand amateur des travaux de Crowley et un ami d’Israël Regardie (membre de la Golden Dawn et ayant travaillé avec Crowley).

Tous ces hommes de lettre et d’art ont continué à perpétuer une certaine idée libertaire du « do what thou wilt » mais moins portée sur l’ésotérisme et un peu plus sur des travaux sur la conscience qui, quelque part, rejoint une grande partie du travail magique.

D’ailleurs, il n’est pas totalement anodin que de grands noms de la psychologie se soient « ralliés » à son système de pensée car Crowley, avant de rentrer dans des ordres ésotériques, était étudiant à Cambridge en « science morale » avec la spécialité « Philosophie, psychologie et économie ». Il est à cette époque proche des jacobites et entre à l’église celtique.

Tout ça fît que les néo-conservateurs ont continués à attribuer la dérive des mœurs issue du « Flower Power » à Crowley et depuis l’avènement d’Internet, un mix est fait entre les élites néo-libérales et les « satanistes ». Du coup, on va en venir aux mœurs…

Crowley était-il un pervers sexuel ?

Oui et non, c’est une question de point de vue et de curseur.

A son époque, il était vraiment considéré comme un pervers. La raison est simple, Crowley était bisexuel et ne s’en cachait pas. Mais il faut aussi remettre les choses dans leur contexte, jusqu’en 1861 (14 ans avant la naissance de Crowley) les actes homosexuels étaient passibles de peine de mort en Angleterre et par la suite de prison, jusqu’en 1967 où l’homosexualité est partiellement dépénalisée. Donc, durant toute sa vie, de part son orientation sexuelle, Crowley était pour l’Angleterre conservatrice et bien-pensante, vu comme « l’homme le plus malsain du Monde » comme le nomma le tabloïde anglais « John Bull » en 1923.

En parallèle, les pratiques de magie sexuelle et de tantrisme, qu’il performait au sein de l’Ordo Templi Orientis, avaient deux buts. Le premier étant le passage de certains grades (par exemple au VIII°, l’adepte apprenait la masturbation à but magique, au IX° la pénétration vaginale, au XI° celle anale, que ce soit pour les hommes ou les femmes de l’ordre). Le second était d’ordre magique, utilisant l’énergie sexuelle comme catalyseur de la Volonté du magicien et/ou la mise en état de transe.

Il faut se rendre compte, c’est que dans les pratiques magiques et religieuses de beaucoup de tribus ou civilisations, le sexe est un élément primordial. Il est le rite de passage de l’adolescence au monde des adultes et est un acte mystique dans toute sa splendeur, la Création. Seul le monde occidental avec l’avènement de l’éon patriarcal qui débuta avec la religion judaïque, puis chrétienne et enfin musulmane, tentât d’imposer des tabous sur la sexualité.

Ce qui va nous faire faire un tour du coté de cette histoire d’éons. Pour les Thélémites, il y a 3 éons qui se sont succédés. Le premier est celui d’Isis où les principales religions étaient orientées vers un système matriarcal, les cultes de la déesse mère, puis vint celui d’Osiris, avec les religions patriarcales dont nous avons parlé plus haut, et enfin, l’éon qui en est à son début depuis plus d’un siècle, celui d’Horus (qui au temps du new-age était appelé l’ère du Verseau). La différence avec l’éon d’Horus comparé aux deux précédents, c’est qu’il se base non pas sur un « Dieu le père » ou une « Déesse mère » mais sur une auto-réalisation de sa propre Volonté mystique. En gros, exprimer la part de Dieu qui se trouve en soi et en appliquer la Volonté (le « True Will »). Le sexe dans cette optique ne suit donc plus la loi des hommes mais la loi de ce que l’être veut, quelque part le « Love under Will ».

Pour continuer sur Crowley et le sexe, il a été dit beaucoup de choses.

Crowley a effectivement tenté de pratiquer la zoophilie à Cefalu mais pas dans le sens où cela a souvent été rapporté. Dans le journal magique de Mary Butts et aussi dans celui de Crowley, ils relatent le fait qu’ils aient voulu pratiquer un ancien rituel païen en faisant copuler un bouc avec Leah Hirsig (une des Scarlet Woman de Crowley). Cela ne fût pas satisfaisant car le bouc n’a jamais voulu…

Leah Hirsig (une des "scarlet women" de A.Crowley)

La rumeur a aussi essayé de le trainer dans la boue en temps que pédophile mais personne qui a relayé ces informations n’ont pris la peine de vérifier dans ses écrits car Aleister Crowley était l'un des plus ardents défenseurs des droits des enfants de son époque. Il était contre toutes les formes de maltraitance d’enfants et a déclaré que s'il était au pouvoir politique, les parents qui intimideraient leurs enfants se verraient poursuivis en justice et jetés en prison (et pour ça, il suffit de voir son enfance pour comprendre, il semblerait même d’après certaines sources qu’il fût abusé par son père mais nous n’avons pas de preuves…). De plus, il était sans équivoque sur le fait que l'abus des droits de quelqu'un est contraire à sa philosophie religieuse de Thelema. « ... les actes qui portent atteinte à l'égalité des droits d'une autre personne sont implicitement des auto-agressions. [...] Ces actes, tels que le viol et les voies de fait ou la séduction des enfants, peuvent donc être considérés à juste titre comme des infractions à la loi sur la liberté et réprimés dans l'intérêt de cette loi ».

Effectivement, en sortant des phrases de leur contexte métaphorique, on peut en douter, énormément d’ailleurs car, plusieurs fois, il parla de tuer des enfants, de manger leur corps, c’est d’ailleurs toujours le même passage de « Magick in Theory and Practice » qui est cité : « Un enfant mâle blanc d’une innocence et intelligence parfaite fait la victime la plus appropriée ». Mais voilà, le point principal est que dans un journal magique, tous les rituels sont consignés, même les pires, et dans aucun de ses « diaries » la notion de cannibalisme, de meurtre rituellique ou de pédophilie fût abordée. Néanmoins, il utilisait cette métaphore de l’enfant mâle blanc pour désigner une masturbation masculine avec éjaculation.

D’ailleurs, Crowley était un fervent amateur des rituels à base de sperme et de sang des menstruations dont il faisait même des gâteaux dit « de lumière » en temps qu’hostie pour la messe gnostique.

Encore une fois, Crowley, bien que très porté sur la chose n’était pas pour autant un monstre comme on le prétend si souvent à tort de nos jours et pour avoir lu et traduit des pages et des pages de son œuvre, certains passages, pour être compris doivent être pris avec un recul certain car c’était aussi un adepte des « jeu de mots » et des métaphores pour éviter la compréhension à tous, on ne donne pas de perles aux pourceaux comme on dit chez nous…

Maintenant, certaines personnes connues se réclamant d’un certain courant de pensée de Crowley comme le Docteur Kinsey étaient des pédophiles notoires.

On finira cette partie sur l’obsession sexuelle de Crowley par le rituel qu’il pratiqua en 1924 pour passer son Ipsissimus, Crowley a pratiqué le Liber CDLI (le rite du comas sexuel en gros) dont voici un extrait :

« A propos de la lucidité Eroto-comateuse

Le candidat est préparé pour l'épreuve par un entraînement sportif général et par un festin. Le jour fixé, il est assisté par un ou plusieurs préposés choisis et expérimentés dont le devoir est (a) de l'épuiser sexuellement par tous les moyens connus (b) de le réveiller sexuellement par tous les moyens connus. Tous les artifices et toutes les ruses de la courtisane doivent être employés, et tous les stimulants connus du médecin. Les préposés ne doivent pas non plus craindre le danger, mais traquer sans pitié leur proie désignée.

Finalement le Candidat va plonger dans un sommeil d'épuisement total, ressemblant à un coma, et c'est maintenant que la délicatesse et l'habileté doivent être exquises. Qu'il soit réveillé de ce sommeil par la stimulation de manière définitivement et exclusivement sexuelle. Néanmoins, si cela facilité, une musique judicieusement réglée aidera.

Les préposés surveilleront avec assiduité les signes d'éveil; et le moment où ils se produisent, toute stimulation doit cesser immédiatement et le Candidat doit retomber dans le sommeil; mais aussitôt cela arrive que la pratique précédente doit être reprise. Cette altération doit se poursuivre indéfiniment jusqu'à ce que le Candidat soit dans un état qui ne soit ni sommeil ni réveil, et dans lequel son Esprit, libéré par l'épuisement parfait du corps, et pourtant empêché d'entrer dans la Cité du Sommeil, communie avec le Très-Haut et le Très Saint Seigneur Dieu de son être, créateur du ciel et de la terre.

L'Épreuve se termine par l'échec, l'apparition du sommeil invincible, ou par le succès, dans lequel le réveil ultime est suivi d'une exécution finale de l'acte sexuel. L'Initié peut ensuite être autorisé à dormir, ou la pratique peut être renouvelée et persister jusqu'à ce que la mort s'ensuive. La mort la plus favorable est celle qui se produit pendant l'orgasme, et s'appelle Mors Justi.

Comme il est écrit : Laisse-moi mourir de la mort des justes, et que ma fin soit comme la sienne ! »

Ceci va nous faire une petite transition avec la prochaine question…

Crowley était-il le père de Barbara Bush ?

Là, rien n’est moins sûr…

Lors de son rituel de lucidité éroto-comateuse en 1924, Crowley était assisté de deux amis à lui ainsi que d’une certaine Pauline Pierce qui donna naissance à une petite fille nommée Barbara Pierce en Juin 1925 et qui se mariera en 1945 avec un certain George H.W. Bush.

Pauline Pierce étant en voyage en Europe à la période de procréation et ayant effectuée des rituels de magie sexuelle avec Aleister Crowley, cela reste du domaine du probable mais ça peut aussi être le facteur ou le plombier…

Pendant qu’on y est, on va aller faire un tour du coté de Crowley et la politique.

Crowley était-il un toxicomane ?

Oui, clairement…

En 1920, à l’âge de 45 ans, Crowley fût soigné pour de l’asthme chronique. A cette époque, seule l’héroïne et la cocaïne était prescrits par les médecins pour soigner ce genre de maladie.

Il tenta de se débarrasser de son addiction en 1922 à Fontainebleau et écrira « Diary of a drug fiend » qui semblerait être un recueil de sa propre expérience des drogues.

Néanmoins, il utilisa à titre récréatif et aussi pour des besoins magiques différentes drogues auxquelles il n’était pas dépendant, tel que le cannabis, le peyotl, l’alcool, etc. Dans le Liber 777 (une sorte d’encyclopédie pour la création de rituels), il y a une colonne sur les drogues et leurs usages en magie.

Lors de sa fin de vie, il continuera à être soigné avec des drogues dont de l’opium. La légende veut qu’avant de mourir, il demanda une dose à son docteur et celui-ci refusa. En colère, il jeta un sort à son médecin qui décéda le jour d’après Crowley !

Crowley était-il anarchiste avec son « Do what thou wilt » ?

Non, la grille de lectures gens à propos d'Aleister Crowley est souvent celle de leur tunnel de réalité de matérialistes libéraux modernes, la doxa dominante de l'inconscient collectif de notre époque, comme l'aurait trop bien expliqué Robert Anton Wilson.

Il est donc extrêmement complexe pour des personnes du XXIème siècle que nous sommes, qui ont connu la jouissance des biens, l'accès à l'information, la pseudo-démocratie et la richesse du monde occidental, de comprendre réellement ce que représentait Crowley pour l'ordre établi du Royaume-Uni du début du XXème siècle mais aussi jusqu'où, toute son œuvre, était à consonance politique.

Dans « Magick without tears », il ira même jusqu'à écrire : « Pratiquement toutes les parties du livre qui traitent de questions sociales peuvent être considérées comme politiques dans l'ancien sens propre du mot ; de la politique moderne, il dédaigne parler ».

Effectivement, pour le commun des mortels qui s'est arrêté à « Do what thou wilt », le message politique était celui d'un doux illuminé qui prônait une doctrine anarchiste et libertaire pour que ça colle avec nos cases modernes. Il n'est d'ailleurs pas étonnant de voir des artistes comme Jay-Z ou autres, arborer des t-shirts avec cette phrase, sans en connaître forcément le sens profond, seulement pour dire « Ouais, j'suis un rebelle ! ».

Mais au fond, il est à se demander avec quoi cette doctrine collait au début du XXème siècle pour en comprendre l'étendu. Il faut se rappeler que le Royaume-Uni est, à cette période, en pleine apogée de son empire colonial et que l'on est 100 ans à peu près après la rédaction de la constitution des États-Unis d'Amérique et de la révolution française. Qui d'entre nous peut se targuer de savoir quel prisme de réalité régnait à cette époque dans le monde ? Déjà que la plupart de nos concitoyens ne savent pas décrypter la politique d'aujourd'hui et l'inconscient collectif moderne alors celui du siècle dernier.

Ce qu'il faut comprendre c'est que loin de cette étiquette d'anarcho-sataniste, Crowley s'est toujours considéré comme un aristocrate qu'il était d'ailleurs de par son héritage familial, son éducation, ses fréquentations, etc. Seul son rejet du christianisme ne le faisait pas rentrer dans les cases habituelles de la haute société anglaise et sa ruine en fin de vie le fit finalement redescendre de ce statut même si tel un gentleman, il continua à garder cet esprit aristocratique.

Hors de ses pratiques magiques, ses paroles étaient même extrêmement conservatrices, non pas dans le sens où l'on pourrait prendre ce terme aujourd'hui (en référence à la droite catholique américaine) mais dans le sens où il avait un esprit fortement élitiste que l'on trouvait chez n'importe quel individu issu de la haute dans un pays qui dominait des peuples aux quatre coins du globe. Et de plus, le fait même de son implication dans la magie et l'ésotérisme, endurcissait ce caractère car il ne faut pas oublier que ce genre de pratique n'est pas fait pour les « tièdes » et qu'elles ont tendance à affirmer des traits de caractère une fois séparé l'inné de l'acquis.

Aujourd'hui, certains Thélémites et plus largement les ésotéristes contemporains fantasment ce qu'était réellement la pensée politique Crowleysienne. A la question : « Peut-on être Thélémites et d'alt-right ? », la majorité des réponses des Thélémites est NON ! Leur argument ? « Chaque homme et chaque femme est une étoile ». C'est sympa de vivre dans un monde de bisounours mais il y a un moment, il faut redescendre les enfants ! Issus d'un monde uniformisé, ils continuent à voir en lui un grand démocrate en picorant quelques phrases gentillettes à droite à gauche mais il faut aller plus loin dans l'analyse de l'homme et son œuvre pour en ressortir une essence « chevaleresque », voire templière et surtout extrêmement élitiste.

Le Liber Vel Al Legis

Tout comme Julius Evola et Eliphas Levi, Crowley rejetait la démocratie issue de l'esprit des Lumières et le motto Liberté, Égalité, Fraternité, chère à notre maçonnerie « droit-de-l'hommiste » le rebutait.

Sous le pseudonyme de Comte de Fenix, Crowley écrivait dans « The Scientific Solution of the Problem of Government » : « L'électeur moyen est un crétin. Il croit ce qu'il lit dans les journaux, nourrit son imagination et endort ses répressions avec le cinéma, et espère rompre avec son esclavage par des compétitions de football, des prix de mots croisés, ou en trouvant le vainqueur de la course de 15H30. Il est plus ignorant qu'un paysan analphabète ne l'est : il n'a aucun pouvoir de pensée indépendante. Il est en proie à la panique. Mais il a le droit de vote. ». C'est dire comme il avait confiance dans l'opinion populaire et la classe moyenne, il n'avait pas tellement tort…

Déjà, rien que cette première citation devrait vous mettre sur la voie que, pour Crowley, l'être humain moyen n'avait aucune place dans la vie démocratique d'un pays et de ce fait, l'alt-right actuelle ferait figure d'un club de bobos attardés par rapport à lui, mais bon, continuons...

Dans le Liber CXCIV, il écrivait : « Le principe de l'élection populaire est une folie fatale ; ses résultats sont visibles dans toutes les soi-disant démocraties. L'homme élu est toujours la médiocrité ; il est l'homme sûr, l'homme sain, l'homme qui déplaît le moins à la majorité des autres ; et donc jamais le génie, l'homme du progrès et de l'illumination. ». Et toutes les élections de ce dernier siècle, en France ou ailleurs, lui ont quelque part donné raison. Mais dans ce cas-là, quel type d'organisation politique prônait cet homme ? La dictature où un homme de génie pourrait accéder au pouvoir ou un anarchisme où chaque individu ferait sa loi à sa convenance ? On va essayer de creuser un peu plus dans le Liber AL vel Legis et ses confessions.

« L'homme « anormal » qui prévoit la tendance du temps et adapte intelligemment les circonstances, se fait moquer, persécuter, souvent détruire par le troupeau ; mais lui et ses héritiers, quand la crise arrive, sont des survivants. Au-dessus de nous aujourd'hui se trouve un danger jamais égalé dans l'histoire. Nous supprimons l'individu de plus en plus de manières. Nous pensons en termes de troupeau. La guerre ne tue plus les soldats ; elle nous tue tous sans discernement. Toute nouvelle mesure des gouvernements les plus démocratiques et autocratiques est essentiellement communiste. C'est toujours une restriction. Nous sommes tous traités comme des enfants imbéciles. Loi sur la défense du Royaume, la loi sur les magasins, les lois sur l'automobile, la suffocation du dimanche, la censure, ils ne nous feront pas confiance pour traverser les routes à volonté. Le fascisme est comme le communisme et malhonnête par-dessus le marché. Les dictateurs suppriment tout art, littérature, théâtre, musique, nouvelles, qui ne répondent pas à leurs exigences ; pourtant le monde ne bouge que par la lumière du génie. Le troupeau sera détruit en masse. » Liber AL vel Legis

« Il est évident pour tous les penseurs sérieux que le seul espoir de sauver l'humanité d'une catastrophe si complète que le nom même de la civilisation périrait, serait l'apparition d'une nouvelle religion. La loi de la Thelema remplit les conditions nécessaires. Elle n'est pas limitée par des barrières ethnologiques, sociales, religieuses ou linguistiques. Sa base métaphysique est strictement scientifique. Son principe est unique, simple et évident. Il ne nie pas la nature humaine et n'exige pas de vertus impossibles. Il offre à chaque individu la plus entière satisfaction de ses véritables aspirations ; et il fournit une justification pour tous les types de systèmes politiques au-delà des critiques qui ont miné toutes les théories précédentes du gouvernement. Il n'y a pas besoin de frauder le droit divin ou l'impasse de la démocratie. Le droit du souverain à gouverner dépend uniquement de la preuve scientifique de son aptitude à le faire, et cette preuve est susceptible d'être confirmée par la preuve de l'expérience que ses mesures permettent réellement à chaque individu dans sa juridiction de remplir sa propre mission. La faire fonctionner aussi librement que possible. » Confessions

Ces deux textes se complètent, le premier nous donne une véritable critique des démocraties modernes et ce que nous voyons aujourd'hui se profiler, la fin d'une civilisation. La critique est d'autant plus virulente qu'aucun système politique ne semble convenir et pouvoir éviter cette fin, que ce soit le fascisme, le communisme, même et surtout la démocratie... Dans le deuxième texte, qui tente d'approcher une solution, Crowley, qui a théorisé sont système ésotérique tel une religion (l'illuminisme scientifique), part du postulat qu'en adoptant les lois de la Thelema, nous repartons de l'individu vers le groupe et en fin de compte, le tout. Il va de soi que cette organisation s'apparente à une structure anarchiste ou plutôt dirais-je libertaire, dans la mouvance de philosophe tel que Proudhon, Nietzsche ou plus récemment Onfray. Mais cette pensée, en fin de compte, ne peut rester que pensée sans bouleversement total des gouvernements ce qui ne peut passer par la voie démocratique de nos pays occidentaux. Et c'est là que le bât blesse...

Passer d'un système à un autre ne peut se faire sans, au minimum, une période de chaos et ce chaos, pour qu'il devienne ordre, ne peut non plus se passer d'un dirigeant fort, s'apparentant à ce que nos démocraties modernes nous font passer pour de la dictature, mais qu’en serait-il d’un dictateur qui travaillera à l’émancipation de son peuple ?

C'est là tout le paradoxe qu'il tente d'exprimer quand il dit dans « Magick without tears » : « Autant je pense que les méthodes totalitaires sont déjà en train d'éteindre la dernière étincelle de l'indépendance virile, c'est-à-dire dans les pays civilisés, autant il me semble que nous devrions tous considérer avec méfiance tout projet de « perfectionnement » des conditions sociales. ». En effet, tout totalitarisme dans un pays développé est castrateur pour l'individu soumis à ce régime mais en même temps tout acte réformateur de « nivellement » ou normalisation ne permet pas l'émancipation de l'homme et finit par être d'autant plus castrateur.

Le Liber Oz

Le point final de tout ça nous vient du Liber OZ que tout Thélémite rentrant dans l'Ordre se doit d'approuver et où sont reprises quelques phrases du Liber AL vel Legis, j'en sortirai quelques extraits pour les commenter : « La loi du fort : c'est notre loi et la joie du monde. » AL. II. 21

On voit exactement dans cette première phrase du Liber OZ qu'il est question de force, cette force n'est pas la force physique mais clairement la force de chacun à exercer sa propre Volonté, peu importe les conséquences et la loi des hommes.

« Tu n'as pas d'autre droit que de faire selon ta Volonté, fais cela, et personne d'autre ne te dira non. » AL. I. 42-3

On en revient au passage d'avant car cela implique d'imposer ses conditions afin de pouvoir satisfaire sa propre Volonté et que celle-ci est plus forte qu’aucune autre loi.

« Chaque homme et chaque femme est une étoile. » AL. I. 3

Voilà ! On y est à cette phrase mal interprétée lorsque sortie de son contexte... On parle bien là d'homme et de femme ayant accepté les lois de la Thelema, comme tout le reste du Liber OZ d'ailleurs. Car clairement, pour que l'autre respecte ton droit d'exercer ta Volonté, il faut que lui-même soit soumis à cette Loi. Je vais prendre un exemple simple, si ma Volonté est de lutter contre l'obscurantisme des religions et que l'autre est prosélyte religieux, il est de mon droit fondamental de le combattre. Dois-je pour autant le considérer comme une étoile car étant un homme ? Bien sûr que non, car n’ayant pas accepté la Loi de la Thelema, il contreviendra à plusieurs des règles suivantes en imposant sa doctrine : « L'homme a le droit de vivre selon sa propre loi, de vivre de la façon qu'il veut, de travailler comme il veut, de jouer comme il veut, de se reposer comme il veut, de mourir quand et comme il le veut. L'homme a le droit de manger ce qu'il veut, de boire ce qu'il veut, d'habiter où il veut, de bouger comme il veut sur la surface de la terre. L'homme a le droit de penser ce qu'il veut, de parler de ce qu'il veut, d'écrire ce qu'il veut, dessiner, peindre, sculpter, graver, mouler, construire comme il le veut, de s'habiller comme il veut. L'homme a le droit d'aimer comme il veut. Prenez votre Volonté et votre volonté d'amour comme vous le voulez, quand, où et avec qui vous voulez. » AL I. 51

Vous voyez comme le paradoxe est fort et comme une petite phrase comme celle-ci peut basculer du j’aime tout le monde à j’aime mes Frères et Sœurs qui œuvrent dans le sens de la Loi ? On est loin du discours du bobo libertaire démocrate où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, n'est-ce pas ? Mais ce n’est pas fini...

« L'homme a le droit de tuer ceux qui contrecarreraient ces droits. Les esclaves serviront » AL. II. 58

C'est exactement ce qu’on entendait plus haut lorsqu’on parlait de discours chevaleresque à la limite du templier des temps modernes. On ne peut malheureusement pas accepter les lois de la Thelema sans avoir un tant soit peu, pris en compte le fait qu'il y a plusieurs catégories de personnes et que, comme Robert Anton Wilson et le docteur Leary l'ont expliqué avec brio, seuls les mâles Alpha dominant survivent, les autres servent.

Maintenant qu’on a fait le tour du débunkage de la partie « terrestre », on va faire une balade du coté des systèmes ésotériques et mystiques auxquels Crowley à adhérer.

Frater Seth

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