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Temporel et spirituel, les deux pouvoirs


Dans le monde de la matière, nous le savons, nous vivons dans la dualité. Nous vivons dans une dimension ou deux forces primordiales fonctionnent non pas en opposition (en conflit), comme on a coutume de le dire, mais en collaboration active et passive (dans un mouvement d'attraction et de répulsion). Cette collaboration engendre du mouvement, et cela permet la multiplicité (et toute la variation des possibles du multiple). Nous allons donc plonger à l’intérieur de ces deux forces, de ces deux « pouvoirs » (que la Nature orchestre magnifiquement bien), et nous allons observer leurs « comportements » au sein du monde des hommes, de comment ils se manifestent dans ce dernier.

Pour explorer cette question, je vais principalement m'appuyer bien entendu sur mon expérience (comme je le fais toujours), mais aussi sur l'ouvrage « Autorité spirituelle et pouvoir temporel » de R.Guénon (que je vais citer tout au long de cet écrit), qui pour moi « sonne juste » quant à la pertinence des informations que l'on peut y trouver concernant ce sujet. Bien entendu, étant dans le multiple comme nous l'avons sus-mentionné, mon point de vue concorde avec ma nature, et avec la volonté que la Nature a placée en moi. Je ne dis donc pas ici de vérité ultime, mais je dis ce que la Nature me demande de transmettre (et qui je pense « souffle » dans le sens des changements actuels qu'observe notre monde humain).

Le couronnement du pouvoir temporel (le roi), parle pouvoir spirituel (le prêtre)

Opposition ou collaboration ?

Introduisons tout de suite les propos de R.Guénon qui nous disait : « À des époques fort diverses de l’histoire, et même en remontant bien au delà de ce qu’on est convenu d’appeler les temps historiques, dans la mesure où il nous est possible de le faire à l’aide des témoignages concordants que nous fournissent les traditions orales ou écrites de tous les peuples, nous trouvons les indices d’une fréquente opposition entre les représentants de deux pouvoirs, l’un spirituel et l’autre temporel ».

Dans la Nature, il ne me semble pas idiot de dire et de penser que ces deux forces dont nous parlons ici ne sont pas en conflit. Au contraire, elles sont en équilibre, en harmonie. C'est-à-dire que la « tension » qui permet d'ériger cet équilibre est toujours juste, parfaite. Cette « tension juste » orchestre donc l'équilibre qui est lui responsable de « l'ordre naturel » (celui-là même dont nous parlaient les Anciens dans leurs textes, c'est-à-dire un ordre parfaitement bien réglé et régulé, un ordre qui fait que « tout tient debout », et cela, en dehors de toute volonté humaine égotique).

Ce que je dis là est que depuis une perception purement et strictement spirituelle, « tout va bien tout le temps ». En revanche, si nous revenons à une perception humaine, et donc en bonne partie égotique, nous allons percevoir des incohérences, des injustices, des désordres (etc) au sein même de cet ordre naturel (Cela est du à l’ego qui « tord » ce qui « est » pour le plier à sa volonté. Ainsi, moins nous sommes « tordu », plus nous pouvons percevoir ce qui « est » ; voilà pourquoi nous parlons de « rectification » qui elle permet de « remettre droit » ce qui est « tordu »).

Ce que je présente ici est tout à fait naturel, donc normal. L'expérience de l'incarnation est là pour justement nous permettre de vivre dans l'ego afin d'aider la Nature à se rectifier. Si nous éveillons notre conscience, nous éveillons le divin qui sommeil en nous ; et ce faisant, nous permettons à Dieu de s'émanciper dans les ténèbres. Nous parlons donc d'opposition de ces deux pouvoirs dans le monde des hommes, car perçu comme tel à cause de l'ego (le « Moi »). Mais nous parlons de collaboration de ces deux pouvoirs dans la Nature, car perçu comme tel par l'essence (le « Soi »).

Dieu, la lumière :

Que faut-il entendre par Dieu ? Quel sens donner à ce mot ? Voici donc venu « l'instant étymologie » ! Et oui ! Cet instant que vous attendez tous ! Car vous savez que je vous bassine tendrement avec cela depuis le début ! Trêve de plaisanterie, plongeons donc dans l'étude de ce mot bien mystérieux !

Le mot « Dieu » provient du latin « Deus » lui même issu de la racine indo-européenne « Dei » qui veut dire « briller » (et qui désigne aussi le jour, le soleil, le ciel). Nous parlons là d'une source étymologique qui tend à nous transmettre cette notion de ce qui illumine, ce qui fait que le jour est jour, ce qui fait que la « lumière est », etc. Ainsi, Dieu est la lumière. Il est ce qui met en lumière, ce qui exhausse, etc. Aussi, celui qui retrouve sa conscience, et qui par cela s’éveille à lui-même et à la Nature, permet alors au divin d'éclairer les ténèbres dans lesquels nous vivons.

Pour approfondir cette notion, je vous met en image ci-dessous la définition tiré du « Dictionnaire latin français » de Félix Gaffiot.

Le Gaffiot (partie 1)

Le Gaffiot (partie 2)

Mais nous parlons aussi de cette racine comme étant l'origine du mot « Zeus » (le fameux Dieu suprême de la Grèce antique). En effet, de cette même racine « dei » va naître le mot « dyēu » (qui donc terminera en « Ζεύς » dans la langue grec). Je ne m’étalerais pas plus sur cela, car l'ayant déjà fait auparavant dans d'autres articles (ainsi, les informations étant disponible, je vous laisse le soin de chercher par vous-même). L'idée sortante de cela est qu'au centre de cet ordre naturel se loge le divin, la lumière, ce que la conscience recherche par dessus tout (et qui est finalement l'objet de notre quête à tous ici-bas).

Il faut donc comprendre que l'éveil ne se trouve pas dans la morale des hommes, ce qui ne veut pas dire de ne pas en avoir pour autant (de morale). La morale humaine juge la Nature car elle est une création de l'ego ; l'esprit lui ne juge pas, il contemple (car la langue des oiseaux nous le dit, le « juge ment »...). Mais revenons à nos moutons ! Revenons sur notre question du pouvoir temporel, et du pouvoir spirituel.

Les âges :

« C’est seulement dans le dernier de ces quatre âges, que la tradition hindoue appelle le Kali-Yuga ou « âge sombre », et qui correspond à l’époque où nous sommes présentement, que la subversion de l’ordre normal a pu se produire et que, tout d’abord, le pouvoir temporel a pu l’emporter sur le spirituel ».

Caricaturalement (ce qui permet de comprendre la chose simplement afin de l'affiner), le pouvoir matériel correspond au pouvoir temporel (ce pouvoir qui est soumis aux lois de l’univers, lois chronologiques). Plus le pouvoir temporel est présent au sein de l'humanité, plus celle-ci sera matérialiste (voilà ce qui pousse notre science moderne à vouloir inlassablement comprendre la « matière » en usant de connaissances temporelles, appartenant donc au monde manifesté, et en occultant complètement l'aspect spirituel de la Nature). A l'inverse, la spiritualité correspond au pouvoir spirituel (qui lui n'est pas soumis aux lois de l’univers car il en est le « concepteur », il les dirige donc). Ainsi, plus le pouvoir temporel est présent au sein du monde des hommes, plus ce dernier sera spirituel (et nous voyons et constatons de nos jours un fort retour de ce pouvoir à l’intérieur de notre monde).

Nous avons là une « lutte » symbolique entre les ténèbres et la lumière, entre le mal et le bien, entre le multiple et l'unité, etc. Cette lutte (cette dualité), encore une fois, est nécessaire car elle permet le mouvement, l'agitation (sans quoi il n'y aurait pas d'univers). Cela s'exprime clairement partout dans la Nature, donc aussi dans le monde incarné, et dans les sociétés humaines.

Hésiode et la Muse - Gustave Moreau

Agissant de manière cyclique, Hésiode, dans « Les travaux et les jours », nous parlera de « cinq âges » qui sont l'âge d'or, l'âge d'argent, l'âge d'airain, l'âge des héros, et l'âge de fer. Voici quelques résumés de ceux-ci, ce qui permet de voir comment se meut ce grand mouvement au sein du monde des hommes, mais aussi comment le pouvoir des ténèbres gagne du terrain sur le pouvoir de la lumière (et réciproquement, car nous sommes dans une logique cyclique) :

  • L'âge d'or : « Quand les hommes et les dieux furent nés ensemble, d’abord les célestes habitants de l'Olympe créèrent l'âge d'or pour les mortels doués de la parole. Sous le règne de Saturne qui commandait dans le ciel, les mortels vivaient comme les dieux, ils étaient libres d'inquiétudes, de travaux et de souffrances... »

  • L'âge d'argent : « Ensuite les habitants de l'Olympe produisirent une seconde race bien inférieure à la première, l'âge d'argent qui ne ressemblait à l'âge d'or ni pour la force du corps ni pour l'intelligence. Nourri par les soins de sa mère, l'enfant, toujours inepte, croissait, durant cent ans, dans la maison natale. Parvenu au terme de la puberté et de l'adolescence, il ne vivait qu'un petit nombre d'années, accablé de ces douleurs, triste fruit de sa stupidité, car alors les hommes ne pouvaient s'abstenir de l'injustice ; ils ne voulaient pas adorer les dieux ni leur offrir des sacrifices sur leurs pieux autels, comme doivent le faire les mortels divisés par tribus... »

  • L'âge d'airain : « Le père des dieux créa une troisième génération d'hommes doués de la parole, l'âge d'airain, qui ne ressemblait en rien à l’âge d'argent. Robustes comme le frêne, ces hommes, violents et terribles, ne se plaisaient qu'aux injures et aux sanglants travaux de Mars ; ils ne se nourrissaient pas des fruits de la terre, et leur cœur impitoyable avait la dureté de l'acier... »

  • L'âge des héros : « Quand la terre eut aussi renfermé leur dépouille dans son sein, Jupiter, fils de Saturne, créa sur cette terre fertile une quatrième race plus juste et plus vertueuse, la céleste race de ces Héros que l'âge précédent nomma les demi-dieux dans l’immense univers. La guerre fatale et les combats meurtriers les moissonnèrent tous, les uns lorsque, devant Thèbes aux sept portes, sur la terre de Cadmus, ils se disputèrent les troupeaux d'Œdipe ; les autres lorsque, franchissant sur leurs navires la vaste étendue de la mer, armés pour Hélène aux beaux cheveux, ils parvinrent jusqu'à Troie, où la mort les enveloppa de ses ombres... »

  • L'âge de fer : « Plût aux dieux que je ne vécusse pas au milieu de la cinquième génération ! Que ne suis-je mort avant ! que ne puis-je naître après ! C'est l'âge de fer qui règne maintenant. Les hommes ne cesseront ni de travailler et de souffrir pendant le jour ni de se corrompre pendant la nuit ; les dieux leur enverront de terribles calamités. Toutefois quelques biens se mêleront à tant de maux. Jupiter détruira cette race d'hommes doués de la parole lorsque presque dès leur naissance leurs cheveux blanchiront. Le père ne sera plus uni à son fils, ni le fils à son père, ni l'hôte à son hôte, ni l'ami à son ami... »

Alors, à la fin du cinquième âge (celui dans lequel nous nous trouvons actuellement), le cycle redémarrera et un nouvel âge d'or resurgira des tréfonds de la Nature. Le verrons-nous de nos propres yeux ? Je ne le pense pas, mais nous en verrons peut-être les prémices !

L'âge de fer :

« Les enseignements de toutes les doctrines traditionnelles sont, on l’a vu, unanimes à affirmer la suprématie du spirituel sur le temporel et à ne considérer comme normale et légitime qu’une organisation sociale dans laquelle cette suprématie est reconnue et se traduit dans les relations des deux pouvoirs correspondant à ces deux domaines. D’autre part, l’histoire montre clairement que la méconnaissance de cet ordre hiérarchique entraîne partout et toujours les mêmes conséquences : déséquilibre social, confusion des fonctions, domination d’éléments de plus en plus inférieurs, et aussi dégénérescence intellectuelle, oubli des principes transcendants d’abord, puis, de chute en chute, on en arrive jusqu’à la négation de toute véritable connaissance ».

Notons cependant que l'âge de fer est une étape obligatoire pour que la conscience divine puisse croître et s'émanciper. Cette phase d'obscurité ne peut qu'induire un retour de la lumière ! Ne l'oublions pas ! Il faut alors marcher avec espérance, et chercher cette lumière avec passion, et sans attentes !