Le Poisson Spirituel

Le symbole majeur des premiers chrétiens est le « Poisson » : « Ichthus » (ἰχθύς). En grec, « Ichtus » est un acronyme pour qualifier Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le Sauveur. Ce symbole est l'un des plus ancien, si ce n'est le plus ancien symbole chrétien que l'on connaisse. En plus d'être un symbole spirituel très fort, il servait de signe de reconnaissance. Les premiers chrétiens étant persécutés par l'empire Romain, ils cherchaient des moyens discrets de se reconnaître entre eux, et de pouvoir se rassembler. Ce symbole servait aussi à cela.

Le poisson sage

La symbolique du Poisson est très présente dans le Nouveau Testament. D'une certaine façon, elle est même typique et signe un environnement symbolique spécifique à ce mouvement spirituel qui deviendra plus tard le christianisme. Saint Augustin dira du Poisson que : « […] si l'on joint ensemble les premières lettres de ces cinq mots grecs que nous avons dit signifier Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, on trouvera Ichthus, qui veut dire en grec poisson, nom mystique du Sauveur, parce que lui seul a pu demeurer vivant, c’est-à-dire exempt de péché, au milieu des abîmes de notre mortalité, semblables aux profondeurs de la mer » (Augustin d'Hippone – La cité de Dieu). Cet acronyme dont nous parle Saint Augustin se décompose comme ceci :

Ichtus, le poisson qui mène au Christ:


Nous avons donc pour chaque lettre de l'acronyme une signification bien précise. La première lettre nous parle de « Jésus » l'initié. Celui venu dispenser un enseignement ésotérique (donc spirituel), comme tant d'initiés ont pu le faire tout au long de l'histoire de l'humanité. Selon moi, on nous parle donc d'un homme incarné (et très certainement formé aux écoles ésotériques de son temps).

Ensuite, la seconde lettre nous parle du « Christ ». Ici, nous parlons de ce degré de réalisation spirituel relatif à « Tiphereth » en Kabbale. C'est donc une réalisation spirituelle solaire, lumineuse, etc. Un des noms de Tiphereth est la « splendeur », ce qui exprime bien l'aspect rayonnant de cette sephirah, et de la saveur si particulière de la Connaissance à ce niveau là. Par ailleurs, Tiphereth est le cœur de l'arbre de vie, le centre qui connecte tous les degrés de Connaissance. Le Christ est donc le cœur, la centralité.


Ainsi, l'initié Jésus est accompli au degré du Christ. Il est donc capable d'incarner dans le monde matériel ce niveau de réalisation spirituelle. Il est assez clair que nous sommes plongé dans un énième mythe solaire, comme ceux que l'on trouve dans les traditions indo-européennes (et nous allons en parler plus loin).


« Khristòs » nous renvoi aussi à l'onction, c'est-à-dire de ce qui rend l'être sacré, donc propre à la spiritualité. Dans l'ésotérisme chrétien, oindre l'être revient à le consacrer, à le sacraliser. C'est d'ailleurs le sens premier du baptême. On sacralise l'être afin qu'il soit rattaché au divin (et non juste matérialisé et coupé de son créateur). Ici, point de délire mystique ! C'est une rituelique très classique pour cette époque (et on la retrouve dans bien d'autres traditions).


Ensuite, la lettre « Thêta » est utilisée pour formuler le terme « Theoû », qui en résumé veut dire : « qui vient de Dieu ». Ainsi, nous pouvons comprendre que l'initié porte en lui un niveau de réalisation provenant de Dieu, permettant de diffuser la lumière divine (etc.). Au vu de la position de Tiphereth dans l'arbre de vie, cela est d'une évidence indiscutable. Le Christ/Tiphereth reçoit la lumière directement de la source divine, et la propage partout dans l'arbre. C'est aussi pour cette raison que la Kabbale Hermétique a associé Tiphereth au Soleil.


Nous avons ensuite la lettre « Upsilon » qui permettra de former le mot « Huiòs » (Υἱὸς) : Fils. Nous pouvons alors mieux comprendre cette notion de « fils de Dieu ». En effet, Jésus, accomplit en Christ, donc directement connecté au divin, est incarné dans la matière. De part cela, et grâce à sa réalisation spirituelle, il se positionne comme un enfant de Dieu, un enfant divin. Finalement, tout initié qui se réalise à ce degré de Connaissance endosse d'une certaine façon le même rôle, la même position.


« Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus Christ ; vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ » (La Bible - Les Épîtres de Paul aux Galates, chapitre 3, versets 26 et 27). De fait, nous sommes tous les enfants du divin, nous avons tous été enfanté par la lumière des origines. Cependant, si nous désirons découvrir cette lumière originelle dans notre chair, dans notre vie incarnée, nous devons suivre une voie spirituelle. Dans ce sens là, nous pouvons devenir un fils de Dieu, incarnant la volonté divine ici-bas. C'est là pour moi le sens du « Fils » dans cette vision chrétienne.


Nous pouvons tous nous réaliser spirituellement, mais pour cela il faut suivre un chemin qui mène au cœur. Le christianisme s'inscrit dans cette logique spirituelle. Il est donc une voie d'accès au cœur, au Christ. Ainsi, être comme Jésus, suivre son exemple, c'est s'éveiller à notre dimension solaire. Ce faisant, nous pouvons alors incarner la volonté de Dieu, et l'incarner sur terre à notre mesure. Opérer à cela à notre époque permettra un grand retour à l'Ordre Naturel. La splendeur pourrait alors revenir illuminer le monde des hommes.


Enfin, le terme « sauveur » est employer sur la base de la lettre « Sigma ». Il faut ici comprendre que Jésus apparaît à une époque fatidique. D'une part, il se fait connaître en un temps de persécution. Son enseignement est en plus transmis en dehors des lieux de culte, de savoir (etc.). Il sort littéralement la Connaissance spirituelle des temples pour la partager avec le monde. C'est un geste symbolique très fort pour l'époque. C'est alors considéré comme une transgression, qui causera à Jésus beaucoup de problèmes.


Jésus, l'initié

D'une certaine façon, nous pouvons dire que l'époque enfermait la Connaissance dans les temples. Celle-ci était réservée à une élite. Il est clair que tout le monde n'est pas disposé à recevoir des enseignements spirituels, comme le dit le texte sacré : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent » (La Bible – Évangile selon Matthieu, chapitre 7, verset 6). Néanmoins, la Connaissance n'appartient pas aux hommes mais à Dieu. Elle est donné gratuitement et sans condition par la Nature (la création divine). En ce sens là, si on peut en effet « trier le bon grain de l'ivraie », on ne peut pas décider arbitrairement ou dogmatiquement d'emprisonner le savoir et la Connaissance dans des lieux fermés.


Il faut distinguer le besoin d'avoir et de protéger des lieux sacrés, afin de pouvoir préserver des espaces dédiés au divin, d'une volonté de garder pour soi ce qui appartient à tous sans condition. Si cette nuance est philosophiquement complexe à saisir, elle doit en tous cas être étudiée de près ! C'est je le pense ce que Jésus voulu acter.


Continuant sur cette pensée, on doit alors comprendre que sortir du temple le savoir qui rend accès au cœur, c'est redonner à tous la possibilité de cheminer spirituellement. Ce qui est salutaire pour traverser l'âge de fer ! Cet âge que nous vivons tous actuellement. Jésus n'aurait-il fait qu'ouvrir la voie ? Je pense que oui. En ce sens là, il est un « sauveur ». Non pas que l'on doit attendre d'être sauvé par quelque chose d’extérieur à soi ! Mais plutôt de réinvestir cette voie christique en soi-même, pour accomplir l'éveil de sa propre conscience ! En cela, Jésus ouvre le chemin, montre la bonne direction, et c'est à nous de faire le reste. Cela sauve, si on se donne les moyens de cheminer spirituellement.


Tous les idiots qui attendent la venu d'un humain, pour les sauver à leur place, n'ont rien compris au message ésotérique. Le travail spirituel est le nôtre, il nous incombe. Et les enseignements de l'initié « Jésus » ne sont là que pour nous montrer la voie. Si nous n'en faisons rien, alors rien ne se passera. C'est là une logique simple et basique, très bien résumée par un adage que j'aime beaucoup citer : « Aide-toi, le Ciel t'aidera ». Le « Sauveur » est en nous, et Jésus ne fait qu'enseigner comment l'atteindre.


Voilà ce que nous pouvons brièvement dire de ce Poisson chrétien : IΧΘΥΣ. Notez qu'à mesure que l'on progresse sur la voie, ce symbolisme va nous parler toujours plus en profondeur. N'oublions pas que le symbole est vivant !


A la pêche !


Maintenant, nous allons faire résonner les mots avec une toute autre musique que celle matraquée par la « politique chrétienne ». En jouant avec la langue des oiseaux, nous entendrons alors un message très différent du message culpabilisant de l’Église dogmatique. Là ou certaines écoles chrétiennes nous expliquent que nous sommes mauvais, que nous sommes des « pécheurs » devant se repentir de ce mal qui nous ronge ontologiquement, une autre voix nous fera entendre les choses autrement.


Si on nous parle de « Poissons », c'est parce que nous sommes des « Pêcheurs » (et non des « pécheurs »). Le christianisme apparaît à l'ère astrologique des Poissons, le signe le plus profond et mystique du zodiaque. Celui qui est en contact permanent avec l'océan divin. En réalité, ces eaux des Poissons sont celles de la présence divine : « la Grâce ». Le signe des Poissons baigne dans cette présence de Dieu, il en est enivré.


Nous, en tant que « Pêcheur », nous cherchons à pêcher ce « Poisson divin » qui connaît Dieu. Pourquoi cela ? Et bien pour découvrir cette Grâce divine, cette présence de Dieu en nous. De ce fait, nous ne sommes pas mauvais, nous ne sommes pas d'horrible être rongé par le diable. C'est faux ! Nous sommes imparfait, certes, et la voie est là pour nous rectifier. Mais elle le fait par l'assimilation de la Connaissance divine ! Et non par la repentance, qui elle nous demande de nous réduire à l'état de soumis, ce qui est là une perversion du message chrétien originel.


L'être humain doit travailler sur lui-même afin de devenir meilleur, et non ramper au sol en implorant Dieu d'être clément avec lui. Cette vision nauséabonde appartient au dogme politique chrétien, et non à la spiritualité chrétienne authentique. Aucune spiritualité digne de ce nom ne voit l'être humain comme une diablerie que l'on doit punir, soumettre, etc. Toute cette idéologie néfaste est une déformation du vrai christianisme.


Ichtus, le poisson des premiers chrétiens

Mais revenons à notre Poisson divin, détenteur de la Connaissance en Dieu. Ce dernier nous fait grandement penser au divin Saumon « Bradán Feasa » des celtes d'Irlande. On parle alors du Saumon de la Sagesse, ou « Saumon de Llyn Llyn ». Le mythe raconte que Bradán Feasa était un saumon ordinaire qui nageait dans les eaux de la rivière « Boyne » (la « vache blanche »). Dans ces eaux tombèrent neuf glands qui provenaient du grand arbre du savoir (équivalent des neuf « sephiroth » de la Kabbale). C'est alors que le saumon tomba dessus et les mangea. Par cela, il se mit à grandir à en devenir gigantesque, car ayant acquis le savoir divin, la Connaissance de l’Univers et de Dieu. Ainsi on le reconnaîtra comme le Grand Saumon Sage et Connaissant.


On racontera aussi alors comment le poète Finégas tentera de pêcher Bradán Feasa pour devenir Connaissant (etc.). Nous sommes dans la même logique ésotérique que celle du chrétien « pêcheur » qui cherche à « pêcher » la Connaissance d'Ichtus. Est-ce que ce mythe serait alors de source celtique ?


Des Gaulois en Galilée:


La Galilée, d’où provient cette doctrine chrétienne, était une région considérée comme païenne par les peuples l'environnant. Or, à cette époque et dans cette région, tout peuple désigné comme païen l'était très certainement à cause d'une ascendance indo-européenne. Flavius Josèphe expliquera aussi très bien tout ceci. De nombreux ouvrages son disponible pour étayer cette vision des choses.


Le livre des Macchabées le dit très bien : « Les nations qui sont en Galaad se réunirent contre les Israélites qui habitaient sur leur territoire, afin de les exterminer, et ceux-ci se réfugièrent dans la forteresse de Dathéman […] On assigna à Simon trois mille hommes pour aller en Galilée, et huit mille à Judas pour aller en Galaad. Simon se rendit en Galilée et livra aux nations de nombreux combats, et les nations furent écrasées devant lui […] Il recueillit les Juifs qui étaient en Galilée et dans Arbates, avec leurs femmes, leurs enfants et tout ce qui leur appartenait, et il les emmena en Judée avec une grande joie » (La Bible – Livre des Macchabées, chapitre 5, versets 8 à 23).

Sans rentrer dans trop de détails historiques (car cet article n'est pas un article d’histoire), le développement de cette thèse a permis de faire émerger cette version alternative de l’histoire, nous disant qu'en Galilée (et en Galaad) vivait très probablement des celtes. La racine même étymologique des noms de ces contrés nous renseignent sur l'origine de leur peuple. Galilée et Galaad, trouvant leur résonance avec la Gaule, la Galicie, le Gaélique, etc. La racine linguistique « gal » est majoritairement d’ascendance celtique. Je m'arrête ici avec les éléments historiques. Je voulais juste porter à l'attention du lecteur ce fait digne d'être considéré et approfondi.


Grâce à ce petit détour, nous pouvons alors nous dire qu'il n'est réellement pas exclus que le mythe chrétien d'Ichtus soit une espèce d’évolution, ou de réactualisation d'une sagesse celte. Celle du Poisson divin qu'on trouvera aussi en Gaule.


G.Attewell


Liens des images:


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- https://www.romancatholicman.com/day-51-holy-face-novena-seeking-harmony/



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